|
LE
TEMPS
SUISSE:
Génocide arménien: le National évite de justesse de braquer la
Turquie Date de
parution:
î
Mercredi
14 mars 2001 Auteur:
Antoine Menusier, Lugano DIPLOMATIE. Il s'en est fallu de quatre voix que la Chambre basse approuve un postulat
demandant au Conseil fédéral de reconnaître le génocide des
Arméniens. C'eût été un événement et, accessoirement, la
première victoire parlementaire de Josef Zisyadis. Ce ne fut ni fun ni l'autre. Le Conseil national a rejeté à une
très courte majorité (73 voix contre 70) un postulat du popiste demandant au Conseil fédéral de reconnaître le
génocide des Arméniens perpétré par les Turcs en 1915 et 1916. Un postulat n'ayant pas de valeur
contraignante, le gouvernement n'aurait pas été tenu d'obéir, lui
qui s'opposait à la démarche du député vaudois. «Légèreté coupable» II a manqué quatre voix pour inverser le sort du
vote, quatre voix de socialistes accourus trop tard pour
participe" à la délibération. Le postulat s'inscrivant dans
la tradition de l'universalisme moral cher à la gauche, les partisans de la reconnaissance par la Suisse du
génocide arménien ont dénoncé, à l'issue du scrutin, la «légèreté coupable» des quelques socialistes
qui s'étaient égayés au moment du vote. La question arménienne, ou turque, mobilisait mardi
peur la troisième fois le parlement. En 1995, répondant à une interpellation d'Angeline Fankhauser, le Conseil
fédéral condamnait «les événements tragiques» ayant provoqué «la mort d'un nombre extrêmement élevé
d'Arméniens (entre 800 000 et 1,5 million de personnes, selon les sources), suite à des déportations en
masse et à des massacres [...], tout particulièrement en 1915». Le gouvernement réaffirmait sa position dans ses
réponses aux interventions déposées en juin 1998 et juin 2000 par Jean Ziegler et, déjà, Josef Zisyadis. Le gouvernement n'a jamais repris à son compte le
terme de «génocide». Mardi lors des débats, le ministre des Affaires étrangères y a eu recours, mais sous une
forme indirecte. Josef Deiss s'est attaché à démontrer que l'approbation du postulat, loin de produire un
électrochoc favorable à la cause, risquait de braquer Ankara et d'anéantir les efforts de la diplomatie suisse pour
instaurer en Turquie un «travai[ collectif de mémoire» sur les pages noires de son histoire. Le chef du
Département des affaires étrangères a dit avoir fait part en
janvier à son homologue turc de la désapprobation du
Conseil,fédéral des tortures infligées à des prisonniers en
Turquie. Le gouvernement helvétique ne se tait pas, ni sur les
«événements tragiques» de 1915 et 1816, ni sur les atteintes, aujourd'hui, aux droits de l'homme: tel est le
message qu'a voulu délivrer Josef Deiss aux conseillers nationaux. II a affirmé que les relations helvético‑turques
se ressentiraient de la reconnaissance du génocide arménien, «dans divers secteurs», allusion à la balance commerciale profitable à
la Suisse. Felix Gutzwiller (rad.IZH), dont le groupe soutenait la position du Conseil
fédéral, a déclaré dans la, coulisse que les radicaux n'avaient
d'aucune façon fondé leur point de vue sur des
considérations économiques. II ne s'est trouvé personne hier, à part Josef
Deiss, pour demander publiquement le rejet du postulat. Hans Fehr (UDCIZH) a dit lui‑même, en aparté, qu'on ne
pouvait nier qu'il y ait eu un génocide arménien, ajoutant qu'il n'était pas souhaitable que la Suisse, pays neutre,
s'immisce dans les affaires turques. Colère
Intervenant à la tribune, Josef Zisyadis bien sûr,
Patrice Mugny (VertsIGE), Nils de Dardel (soc.IGE), Franco Cavalli (soc.(Tl), Ruth‑Gaby Vermot‑Mangold
(soc.IBE), Claude Ruey (Iib.ND) ont tour à tour, ce dernier de façon moins appuyée; soutenu le postulat. Le
socialiste jurassien Jean‑Claude Rennwald s'est signalé par une grande colère, agitant une coupure du journal turc
Hürriyet qui le montrait à la «une» en compagnie de trois camarades du PS'et du popiste vaudois, tels des
coupables livrés à la vindicte populaire. «Nous ne nous laisserons jamais impressionner», a lancé, furibond, le Jurassien. |
AP - The Associated Press
Mardi 13 mars 16:39
Pas de reconnaissance officielle du génocide
arménien
| Le Conseil national
refuse de justesse un postulat, mais transmet au Conseil fédéral une pétition
sur la reconnaissance et la condamnation du génocide arménien Lugano (AP) C'est de justesse, par 73 voix contre 70, que le Conseil national a refusé mardi un postulat de Josef Zisyadis (PdT/VD) invitant le Conseil fédéral à une reconnaissance publique du génocide arménien de 1915. La Chambre du peuple a néanmoins transmis au gouvernement une pétition sur la reconnaissance et la condamnation de ce génocide. Dans un premier temps, le Conseil national a accepté, sans discussion, de transmettre au Conseil fédéral une pétition sur la reconnaissance et la condamnation du génocide arménien. Suivant l'avis de sa Commission de politique extérieure, il a aussi invité le Conseil fédéral à aborder la question du génocide arménien dans le cadre du dialogue politique entre la Suisse et la Turquie. Cette pétition émane de l'Association des opposants au génocide, de Francfort, en Allemagne. Munie de 11.247 signatures, dont plus de 10.000 venant de citoyens turcs, elle a d'abord été tranmise au Parlement turc. Ce dernier ayant refusé d'en prendre acte, l'association a décidé de se tourner vers l'opinion publique européenne, et notamment vers la Suisse. Devoir de mémoire Après avoir décidé de transmettre cette pétition au Conseil fédéral, la Chambre du peuple s'est penchée sur le postulat de Josef Zisyadis, déposé un juin 2000. Il invite le gouvernement à une reconnaissance publique du génocide arménien qui, selon les sources, a fait entre 800.000 et 1,5 million de morts. Reconnaître le génocide arménien, le premier du XXe siècle, ne signifie nullement imposer un point de vue sur la Turquie, a observé Josef Zisyadis. «Il est par contre de notre droit souverain d'Etat de faire notre devoir de mémoire et de dire publiquement à la communauté internationale que le génocide des Arméniens est un crime contre l'humanité et qu'il ne saurait être effacé». Grosse colère Constatant que la Turquie était un très bon client de la Suisse, Patrice Mugny (Verts/GE) s'est demandé si les élus des citoyens suisses «seront, pour une fois, capables de faire passer la morale avant le profit». De son côté, Jean-Claude Vaudroz (PDC/GE) a aussi appelé à soutenir le postulat Zisyadis car «la Suisse ne peut pas continuer à tergiverser». Le socialiste jurassien Jean-Claude Rennwald, l'un des co-signataires du postulat, a piqué une grosse colère contre l'ambassadeur de Turquie en Suisse qui a lui a écrit pour lui demander de ne pas soutenir ledit postulat. En tapant du poing, Rennwald s'est insurgé contre ce «petit ambassadeur», ajoutant que les parlementaires suisses avaient encore le droit de dire ce qu'ils voulaient et quand ils le voulaient. Ne pas compromettre le dialogue avec la Turquie Au nom du Conseil fédéral, qui a proposé le rejet du postulat, le ministre des affaires étrangères Joseph Deiss a évoqué le dialogue politique entre la Suisse et la Turquie. En cas de transmission du postulat, ce dialogue risquerait de se bloquer et le climat de confiance que la Suisse s'efforce de créer serait à nouveau perturbé, et peut-être pour longtemps. Il va de soi que les relations bilatérales s'en ressentiraient également. A fin janvier dernier, Joseph Deiss a rencontré le ministre turc des affaires étrangères et a abordé la question du génocide arménien. «Je lui ai dit que ce délicat chapitre de l'histoire de la Turquie ne devait pas rester un sujet tabou». Il est important pour chaque Etats de faire un travail de mémoire collective, «même s'il s'agit d'un travail difficile, comme nous en avons fait l'expérience en Suisse récemment». AP mt © AP - The Associated Press. Tous droits réservés. |
|
|
|
© Edicom - Edipresse Publications s.a.
|
|
|
| © Edicom - Edipresse Publications s.a. |